La semaine écoulée a été particulièrement dense pour la filière du café de spécialité : trois nouveaux champions du monde couronnés à Bruxelles, des cours de l'arabica qui signent leur plus forte hausse depuis quatre ans, et des annonces majeures en Éthiopie comme en Colombie. Tour d'horizon de ce qu'il faut retenir, que vous soyez amateur curieux ou professionnel du CHR.
Trois nouveaux champions du monde couronnés à Bruxelles
Le salon World of Coffee Brussels, qui s'est tenu du 25 au 27 juin, a désigné trois nouveaux champions du monde. Nas Jafaar (Malaisie) remporte le World Brewers Cup, la compétition reine des méthodes douces. C'est une première historique : jamais un Malaisien n'avait décroché ce titre. Sa présentation, construite autour de la notion de résistance, démontrait comment la structure du lit de café façonne le débit d'eau et donc l'extraction, bien au-delà de la simple quantité d'eau versée.
Andy Philein (Chine) s'impose en Coffee in Good Spirits, la discipline qui marie café et mixologie, tandis que le Belge Benjamin Brassart devient champion du monde de torréfaction, à domicile. Le signal est clair : l'Asie, marché du café qui croît le plus vite au monde, s'installe durablement au sommet de la compétition. Prochain grand rendez-vous : le World Barista Championship, du 23 au 25 octobre à Panama City.
L'arabica signe sa plus forte hausse depuis 2022
Côté marché, la semaine a été agitée. Mardi 30 juin, l'arabica a bondi de 6,71 % en une seule séance, sa plus forte progression depuis 2022, pour revenir autour de 3,00 à 3,10 dollars la livre. En cause : des pluies torrentielles sur les principales régions productrices du Brésil. Le Minas Gerais, premier bassin caféier du pays, a reçu en une semaine près de 20 fois sa pluviométrie historique moyenne, stoppant net la récolte et faisant craindre des défauts de qualité sur les cerises en cours de séchage.
La récolte brésilienne n'était avancée qu'à 44 % au 24 juin, contre 51 % un an plus tôt. Dans le même temps, les stocks certifiés ICE sont tombés à 377 465 sacs, leur plus bas niveau depuis mars 2024. Et les opérateurs surveillent déjà un possible épisode El Niño de forte intensité, qui pourrait retarder les pluies de floraison de septembre et octobre, décisives pour la prochaine campagne. Pour les professionnels (restaurateurs, hôteliers, gérants de coffee shops), le message est simple : la volatilité du café vert va durer, et la visibilité sur les approvisionnements redevient un vrai sujet de gestion.
L'Éthiopie voit grand, la Colombie sacre son café
Deux origines emblématiques ont fait l'actualité. L'Éthiopie, berceau de l'arabica, a lancé un plan national sur cinq ans visant à plus que doubler ses rendements moyens (de 9 à 21 quintaux par hectare) et à porter ses recettes d'exportation à 6 milliards de dollars. Une ambition qui, si elle se concrétise, rebattra les cartes face au Brésil et au Vietnam.
La Colombie, de son côté, a officiellement déclaré le café boisson nationale, par une loi adoptée le jour du 98e anniversaire de la fédération des caféiculteurs. Au-delà du symbole, le texte vise à soutenir plus de 557 000 familles productrices et à stimuler la consommation intérieure. À noter aussi, plus près de nous : les îles Baléares ont interdit les capsules en aluminium et en plastique, seules les capsules compostables ou facilement recyclables restant autorisées. Un signal réglementaire que toute l'Europe du café observe avec attention.
Matériel et science du goût : ce qui a retenu notre attention
Du côté des machines, Nuova Simonelli a dévoilé une version modernisée de son Appia, valeur sûre des comptoirs CHR depuis 2005, qui sera présentée dans les prochains mois sur les grands salons européens et asiatiques. Chez les moulins, le fabricant Muvna a lancé le Mammoth, un moulin modulaire dont on peut échanger les meules (98 mm plates ou 83 mm coniques) en moins de dix secondes, sans outil : une approche qui illustre la tendance de fond vers des équipements évolutifs.
Enfin, une étude japonaise amusante et sérieuse à la fois : 92 participants ont dégusté à l'aveugle le même café servi à 68 °C dans des manchons de textures différentes. Résultat, toucher d'abord une surface rugueuse conduit à percevoir le café suivant comme moins acide. Une confirmation de plus que la dégustation est une expérience globale, où la tasse, le lieu et le geste comptent autant que le grain.
Le mot de Café 1715
Cette semaine résume bien notre métier. Les champions de Bruxelles rappellent que la qualité se joue dans la précision : mouture, débit, extraction, rien n'est laissé au hasard. Et la flambée de l'arabica rappelle que derrière chaque tasse, il y a une matière première agricole, rare et fragile, dont la valeur se construit du producteur au torréfacteur. À Saint-Paul, c'est exactement ce que nous défendons : sourcer avec soin, torréfier juste, et transmettre. Si vous voulez goûter ce que la précision change dans la tasse, passez nous voir à l'atelier, on vous prépare un filtre digne d'un Brewers Cup.