Veille sectorielle · Le tour d'horizon

Du soluble au satellite : la traçabilité rebat les cartes du café

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Branches de caféier portant des cerises de café encore vertes, avant récolte

Cette semaine, la grande actualité du café de spécialité ne s'est pas jouée dans une tasse mais à Bruxelles. Le 14 juillet, l'Union européenne a officiellement intégré le café soluble au périmètre du règlement contre la déforestation (EUDR). Une décision technique en apparence, mais qui en dit long sur la direction que prend toute la filière : la traçabilité n'est plus une option, du sachet instantané au microlot de compétition. Tour d'horizon de la semaine du 13 au 19 juillet 2026.

L'EUDR referme la porte au café soluble

Jusqu'ici, une faille du règlement européen permettait de transformer le café en soluble hors d'Europe, puis d'importer le produit fini sans les contrôles imposés au café vert ou torréfié. C'est désormais terminé : le règlement délégué publié mi-juillet inclut le café soluble dans le champ de l'EUDR, avec une application prévue au 30 décembre 2027. Les États-Unis étudient une évolution similaire.

Concrètement, tout café vendu dans l'Union européenne devra être rattaché à des parcelles géolocalisées et démontrer qu'il ne provient pas de terres déboisées. Pour les torréfacteurs de spécialité, qui travaillent déjà avec des lots identifiés ferme par ferme, le changement est modeste. Pour le café industriel, c'est un vrai chantier.

Sur le terrain, la traçabilité devient concrète

Le même mouvement s'observe côté production. Au Vietnam, le négociant ETG et Lavazza ont annoncé un partenariat de traçabilité par satellite : surveillance des parcelles, géolocalisation et formation des producteurs, pour garantir des cafés conformes à l'EUDR sur des milliers de fermes. En Équateur, ce sont les producteurs de l'Amazonie qui s'organisent en collectifs, données agronomiques et géolocalisation à l'appui, pour prouver que leurs cafés ne participent pas à la déforestation.

Signe que cette montée en gamme paie : le Kenya a expédié mi-juillet son premier conteneur de café vert vers l'Italie dans le cadre d'un programme visant le marché européen, vendu à plus de 9,50 dollars le kilo, bien au-dessus des cours mondiaux.

Un marché toujours sous tension

Côté prix, les montagnes russes continuent. L'indicateur composite de l'Organisation internationale du café était tombé à 2,32 dollars la livre le 9 juin, son plus bas niveau depuis août 2024, avant de remonter à 2,72 dollars fin juin puis de repasser au-dessus des 3 dollars début juillet. Cette semaine, l'arabica a oscillé entre 3,20 et 3,50 dollars la livre à New York.

En cause, toujours le Brésil. La récolte 2026/27 n'était achevée qu'à 52 % au 1er juillet, contre 60 % l'an dernier à la même date, ralentie par les pluies. L'institut IBGE confirme pourtant une année record en volume, avec 66 millions de sacs attendus, en hausse de 14,7 %. Mais l'association brésilienne ABIC prévient : un épisode El Niño marqué pourrait amputer cette récolte de 20 %. Dernier chiffre parlant : sur les douze derniers mois, les exportations brésiliennes ont reculé de 15,7 % en volume, tout en générant 14,6 milliards de dollars de recettes, grâce à des prix moyens en forte hausse. Moins de café, plus cher : le résumé de l'époque.

Champions d'Asie et rendez-vous de la rentrée

Les Global Coffee Awards ont couronné les meilleurs torréfacteurs d'Asie : c'est All Day Roasting Company, à Taipei (Taïwan), qui décroche le titre de meilleur torréfacteur, avec en vitrine un Catuai fermenté aux levures au profil « strawberry cheesecake », vainqueur de la catégorie filtre expérimental. De quoi mesurer le niveau atteint par la scène asiatique.

Au Royaume-Uni, Daria Bila (Formative Coffee) a remporté le championnat national barista et représentera le pays au championnat du monde en octobre. En France, le grand rendez-vous approche : le Paris Coffee Show se tiendra du 12 au 14 septembre au Parc Floral, avec les championnats de France de la spécialité, dont celui de torréfaction et ses 15 candidats en lice.

Le mot de Café 1715

De Bruxelles au Vietnam, le message de la semaine est le même : savoir d'où vient son café devient la règle, plus l'exception. C'est une excellente nouvelle pour le café de spécialité, qui a fait de la transparence son socle depuis toujours. À La Réunion, nous torréfions des lots dont nous connaissons l'origine, la ferme ou la coopérative, et cette exigence se retrouve jusque sur nos étiquettes. Dans un marché où les prix restent nerveux, la traçabilité est aussi la meilleure garantie que la valeur remonte vers ceux qui cultivent. Passez nous voir à l'atelier de Saint-Paul pour en parler, une tasse à la main.